Publiée en réaction aux attentats terroristes qui ont touché la France en novembre 2015, la fiction épistolaire « Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? » de Rachid Benzine, s’interroge sur les raisons qui poussent de jeunes français à s’engager dans le jihad au Moyen-Orient.

Couverture de « Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? »

Rachid Benzine est un islamologue franco-marocain. Il est né en 1971 dans la ville de Kénitra, qu’il quittera à l’âge de 7 ans pour s’installer avec sa famille à Trappes, dans les Yvelines. Il se présente volontiers comme un partisan d’un « islam des lumières », une vision de la religion qui se veut éclairée, en phase avec son temps ainsi qu’avec les sociétés occidentales sécularisées. Son travail trouve un certain écho dans le milieu politique et intellectuel en France et dans son pays natal. Une grande reconnaissance pour cet ancien champion de kickboxing.

En octobre 2016, Rachid Benzine publie son roman épistolaire « Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? » aux éditions du Seuil. Son texte résonne comme une réponse aux attentats qui ont touché la France en novembre 2015 et à plusieurs interrogations que le chercheur s’est posé suite à ce traumatisme collectif : « Comment se fait-t-il que des gens se revendiquant du même dieu auquel je crois et partageant la même culture et le même pays que les miens, commettent ces actes barbares ? ». Le récit met en scène une correspondance entre Nour (lumière en arabe), 20 ans, étudiante en philosophie partie rejoindre son futur époux combattant de Daesh en Irak, et son père, brillant universitaire, convaincu d’avoir inculqué à sa fille le sens de l’esprit critique et de la modération en toute chose.

L’auteur puise ses inspirations dans ses rencontres, que ce soit avec des jeunes partis rejoindre des organisations islamistes radicales ou avec leurs parents, qui partagent souvent le même constat : ils n’ont rien vu venir. L’ouvrage se compose de 14 lettres. Le père et sa fille demeurent dans une forte relation affective, chacun essayant de persuader l’autre de le rejoindre. Les deux invoquent l’humanisme et la raison dans leurs arguments, mais finissent par camper sur leurs positions respectives. On se retrouve partagé au fil du récit entre plusieurs sentiments, compassion, colère ou incompréhension.

Loin de tomber dans un manichéisme ou une dichotomie simpliste, Rachid Benzine s’interroge sur la part de responsabilité que peuvent avoir nos sociétés en manque d’idéaux fédérateurs dans la création de ces mouvements extrémistes. Nour n’y est pas dépeinte comme un monstre sans cœur, mais comme une jeune romantique en quête d’amour et bernée par un idéal qu’elle croit juste, à savoir aider les populations civiles dans un pays en guerre. Ce qui peut aussi paraître inquiétant, et qui rend la chose complexe, c’est que ses motivations peuvent paraître sensées aux personnes non averties.

« Est-ce que la connaissance sauve ? J’ai rencontré des jeunes qui étaient très brillants, qui ne sont ni perdus ni confrontés à des problèmes économiques ou sociaux. On a affaire à une véritable idéologie, une idéologie qui propose une révolution dans le monde (…) Il faut être capable d’écouter Nour même si ça nous fait mal », confie Rachid Benzine.

Destiné à un large public, « Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir » n’en ambitionne pas moins de contribuer au renouvellement nécessaire de la pensée islamique.

 

T.S.