Patrick Valdrini, Professeur à l’Université pontificale du Latran

Patrick Valdrini,
Professeur à l’Université pontificale du Latran

Pour le christianisme, le jeûne est une attitude spirituelle associée à la recherche de perfection. Tout baptisé doit conformer sa vie au Christ auquel il est incorporé quand il reçoit le baptême. Celui-ci est le passage d’une vie ancienne à une vie nouvelle, d’une vie de péché à une vie dans la grâce, une libération que le baptisé doit ratifier, manifester et exprimer dans sa vie quotidienne. Comment ? En donnant le plus de place possible dans son être et sa vie au Dieu qui l’habite.

Ce travail d’identification au Christ se fait par la méditation, la prière, la réception des sacrements qui accompagnent chaque fidèle sur le chemin de perfection, mais aussi par le jeûne, qui fait partie des actes essentiels que l’Église demande d’accomplir. Ce dernier est mentionné avec constance dans les textes bibliques comme une manière pour l’homme de manifester que Dieu tient la plus grande place dans sa vie et qu’il doit tout faire pour se débarrasser de ce qui l’encombre.

C’est pourquoi l’Eglise catholique a toujours recommandé le jeûne aux fidèles en leur demandant de s’abstenir pendant un temps de nourriture, rappelant que la privation volontaire d’un acte si nécessaire pour la vie, qui constitue un des efforts les plus coûteux pour une personne, peut devenir un but et qu’il importe de lui donner un sens spirituel. Depuis peu, elle recommande d’étendre l’abstinence à d’autres choses que l’on tient pour essentielles et, dans certains cas, obsèdent, comme le tabac ou l’alcool ou même l’attachement à des jeux ou des spectacles.

La Bible décrit des hommes croyants qui jeûnent pour devenir plus humbles, « humilier leur âme » en maîtrisant les besoins de leur corps et de leurs désirs, pour que celle-ci soit prête à entendre et comprendre la volonté de Dieu sur eux. Ils ont jeûné pour implorer le pardon de Dieu, prendre le deuil, demander que cesse un temps de malheur, demander une grâce avant une mission, se préparer à la rencontre de Dieu ou simplement manifester leur attitude de dépendance vis-à-vis de Lui.

Le Christ lui-même a jeûné avant de commencer sa mission publique, quarante jours dans le désert, seul, vivant de nouveau et en lui-même les quarante jours que le peuple d’Israël a aussi passé dans le désert avant d’entrer dans la terre promise. C’était un temps de préparation. Ainsi manifestait-il que le jeûne est un moyen pour garantir qu’une mission spirituelle s’inaugure dans l’humilité, avec un cœur prêt à accueillir l’action du Très-Haut.

Il a recommandé aux disciples qui l’ont suivi de jeûner mais d’éviter tout formalisme, orgueil et ostentation. Le jeûne doit être une expression d’authenticité et de vérité qui concerne l’homme et Dieu qui lit au plus profond du cœur de l’homme. Ainsi ces paroles de l’Evangile de Matthieu : « Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent…Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage pour que ton jeûne soit connu non des hommes mais de ton Père qui est là dans le secret » (Matthieu, 6/16).

S’y ajoutent la charité, l’aumône pour les plus pauvres. Le jeûne demandé n’est pas un exploit personnel, un défi que l’homme se donne. Purifiant le cœur, il aide à redécouvrir le frère et la communauté, le prochain qui est aussi un fils de Dieu. Jeûner, c’est s’ouvrir à Dieu par la prière et aux autres par le partage de biens matériels.

L’Église catholique recommande de jeûner tout particulièrement pendant le temps de préparation de la fête de Pâques, soit les quarante jours de carême. Elle l’impose le jour où il commence, puis tous les vendredis de ce temps particulier, enfin, le vendredi saint qui célèbre la mort du Christ sur une croix. Le carême doit être un temps de purification. Il s’exprime en particulier par le refus de manger de la viande les jours de jeûne. Car c’est un temps où le fidèle manifeste qu’il attend le Christ qui reviendra comme il l’a promis et s’y prépare en concentrant son esprit et ses énergies sur l’essentiel : vivre dans l’humilité, l’espérance et l’amour de Dieu.