C’est dans une ambiance intimiste et conviviale que l’association culturelle Mimouna a célébré son dixième anniversaire ce mercredi 26 avril à Rabat.

Haïm Botbol en compagnie de l'orchestre chgoury Angham Zamane.

Haïm Botbol en compagnie de l’orchestre chgoury Angham Zamane.

L’évènement a été organisé au restaurant marocain le Ziryab, au cœur de la médina de Rabat. Au menu de cette soirée de réjouissance :  cocktail sur la terrasse avec vue panoramique sur le Bouregreg, dîner dans la pure tradition gastronomique marocaine et animation musicale. Celle-ci a été assurée par l’orchestre chgoury Angham Zamane, en présence d’artistes de renom, avec Haïm Botbol en tête d’affiche. Le grand maître du melhun et du chaâbi était accompagné de chanteurs et musiciens juifs et musulmans, tels que Coco Diams, Daniel Afriat, cheikh Hamza Azzemouri ou encore Naïma Tahiri. L’assistance, au son du oud, du violon, du bendir et de la guitare, s’est délectée de classiques du répertoire judéo-marocain dans une atmosphère chaleureuse et bon enfant.

Haïm Botbol et Daniel Afriat durant la soirée.

Haïm Botbol et Daniel Afriat durant la soirée.

En reconnaissance de leur soutien, des prix honorifiques ont été remis par Elmehdi Boudra, président de l’association Mimouna, à André Azoulay, conseiller du roi et président de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures, ainsi qu’à Rachid Belmokhtar, ancien ministre de l’Education nationale. Des intellectuels et acteurs de la société civile étaient également présents à cette manifestation, parmi lesquels Ahmed Assid, chercheur à l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) et Salah El Ouadi, président du Mouvement Damir pour la liberté de conscience.

André Azoulay recevant le prix de

André Azoulay recevant l’un des prix honorifiques remis durant l’évènement.

Cet anniversaire marque 10 ans d’engagement de la jeune ONG en faveur de la préservation et de la diffusion de la culture judéo-marocaine. Créée en 2007 à Ifrane par un groupe d’étudiants de l’université Al Akhawayn, l’association organise régulièrement des évènements destinés à faire connaître à un large public ce patrimoine trois fois millénaire, mais aussi à favoriser le partage et le dialogue interreligieux et intercommunautaire.

Cet anniversaire a d’ailleurs été célébré en même temps que la Mimouna, tradition juive marocaine marquant la fin de Pessah (pâque en hébreu), fête d’une semaine commémorant la sortie biblique des Hébreux d’Egypte et leur délivrance de l’esclavage et de l’oppression subis sous Pharaon.

« La Mimouna incarne parfaitement la convivencia qui règne entre les juifs et les musulmans du Maroc. Plusieurs théories existent autour de l’origine du nom Mimouna, mais ce qui est important, c’est que celle-ci a toujours été un symbole de fraternité, d’amitié et de confiance entre les deux communautés », explique Abdou Ladino, secrétaire général de l’association.

Les Marocains de confession musulmane participaient en effet à cette coutume ancestrale. Ils aidaient notamment leurs voisins juifs à préparer les moufletot (crêpes feuilletées) en leur fournissant la farine nécessaire, du fait que les juifs ne pouvaient pas s’en procurer par eux-mêmes pendant Pessah, la possession comme la consommation de ‘hametz (tout aliment contenant du levain) étant interdites durant cette fête. Pendant la Mimouna, les familles juives laissaient également la porte de leur maison ouverte pour y accueillir les familles musulmanes de leur entourage autour d’une tablée généreusement garnie.

La mofleta est l’un des plats principaux marquant la fin de Pessah. D’autres éléments étaient également présents sur la table d’anniversaire de l’association Mimouna : poisson, pommes, miel, pain, pièces d’argent, fruits confits, cosses de fèves, épis de blé ou encore feuilles de laitue. Autant d’ingrédients qui consacrent la fertilité de la terre et rappellent la dimension agraire de cette tradition immémoriale, aussi appelée ‘Hag ha-aviv », la fête du printemps.

 Mouna Izddine