Au ministre islamiste qui  veut cadenasser  les consciences… et aux autres aussi

Saâdat al Wazir,

« Notre malheur, disait Ibn Sina, est que nous vivons avec des gens qui pensent que Dieu n’a guidé personne d’autre qu’eux. » Les Marocains sensés s’étonnent qu’un numéro de la revue Sciences et Avenir soit interdit par vos soins parce qu’on y parle de « Dieu et la Science ». _ibn_rochd Ibn Roshd (1126-1198), philosophe de Cordoue, théologien rationaliste islamique, mathématicien, juriste et médecin musulman ayant enseigné à la Qarawiyine de Fès, se demandait, à juste titre, « comment utiliser la science sans renoncer au Coran, clamer que la théocratie est une barbarie, lutter pour une société où l’esprit de Dieu logerait en chaque homme, où nul n’agirait plus par crainte du prince ou de l’enfer, où plus personne ne dirait ‘c’est à moi’, où chacun recevrait les moyens de mettre en œuvre les possibilités qu’il a reçues de Dieu ». L’ astronome et mathématicien Al Battani (877-918), surnommé le Ptolémée arabe, disait : « Par la science des astres, l’homme accède à la preuve de l’unité de Dieu et à la connaissance de la prodigieuse grandeur, de la sublime sagesse, de la puissance et de la perfection de Son œuvre. » Mais vous n’êtes ni Ibn Roshd ni Al Battani. Loin s’en faut. Autrefois, le Prince arabe encourageait le Savant à prêcher la science et la connaissance. Depuis la débâcle du dernier roi de Grenade, le Prince a tourné le dos au savoir pour inspirer régression et obscurantisme. Les conséquences de la sclérose des esprits sont aujourd’hui terribles sur le plan national, désastreuses sur le plan international. Les Marocains lucides sont outrés que vous ayez monté une cabale haineuse contre 06 le film Much Loved de Nabil Ayouch au point de le livrer, lui et ses acteurs, à la vindicte populaire par des allégations puériles : « Le film comporte un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine et une atteinte flagrante à l’image du Maroc », avez-vous affirmé. Or, on voit bien le sort que vous réservez à la femme marocaine et la maladresse avec laquelle vous préservez l’image du pays ! la prostitution est un phénomène universel, et le Maroc n’échappe pas au plus vieux métier du monde. En fait, le film de Nabil Ayouch met en cause votre gouvernement plus qu’il ne ridiculise les Arabes du Golfe, la mise en scène de votre incapacité à préserver la dignité des jeunes, à les protéger en leur procurant la sécurité d’un emploi. Dans le film, comme dans la vie, nos filles ne vendent pas leurs charmes par plaisir, mais pour subvenir aux besoins de leurs familles. Nabil Ayouch devrait avoir notre reconnaissance pour les torts et les vices sociaux qu’il essaie de redresser tant que l’Etat ne fait rien.

Vous n’êtes pas la conscience du peuple marocain ni le gardien attitré de ses valeurs

Nos responsables savent, voient et regardent ailleurs. Pour eux, l’hypocrisie prévaut la réalité sociale. les libraires s’indignent que vous envoyiez vos commis s’assurer que mon roman L’Homme qui marche sur les fesses n’est pas en vente parce qu’on vous a dit de l’interdire. Il parle de la monarchie ? Et alors ! André Gide disait que « dans un monde où chacun triche, c’est l’homme vrai qui fait figure de charlatan ». Et l’on s’indigne encore plus de l’interdiction qui frappe toujours le roman de Mohamed Leftah Le Dernier combat du Capitaine Ni’mat, dont le récit se passe en Egypte, qui a obtenu, malgré votre interdiction, le Prix de la Mamounia. D’autres livres nous sont interdits et nous les lisons malgré vous. Tout le monde s’étonne que, sous votre gouverne, les rayons d’alcool ferment les uns après les autres et que l’intolérance et l’aversion remplacent la fraternité, l’entente et la bienveillance. La vigne, les vignerons, les brasseries, les ouvriers, le gros bataillon des consommateurs… sont marocains. Plus de 600 millions de dirhams de taxes sont récoltées chaque année sur les alcools par votre gouvernement islamique. 10 000 ouvriers y travaillent faisant vivre 10 000 familles au moins. Sur les 40 millions de bouteilles produites chaque année, 80% de la production est consommée localement. Jusqu’à quand allons-nous vivre dans l’hypocrisie, le mensonge et le paradoxe ?

Nous sommes au 21e siècle, à l’heure d’Internet, c’est- à-dire à l’heure où vos gesticulations sont peine perdue car les poussées multiples de la mondialisation vous poussent dans vos derniers retranchements. Avec un clic, votre parole ne vaut plus rien et les produits contre lesquels s’acharne votre aveuglement sont acquis à domicile. Votre intolérance à nos libertés installe le peuple dans le préjugé et la rumeur, l’engageant sur la voie de la régression au lieu de le guider vers le progrès et le bonheur.

Saâdat al Wazir, au vu de ces quelques exemples, votre responsabilité est d’apaiser les esprits, unir les cœurs, faire en sorte que ce peuple vive en paix et en harmonie avec son temps, dans l’honnêteté et la sincérité. Votre responsabilité est de rendre les gens heureux, rétablir leur dignité perdue et respecter leurs libertés, non les interner dans le carcan de vos propres préjugés. Vous n’êtes pas la conscience du peuple marocain, ni le gardien attitré de ses valeurs. Ne vous substituez pas au Commandeur des croyants, sinon c’est un sacrilège ! Au vrai fidèle, Dieu suffit. Et Dieu dit : « Aucun ne prendra à charge les péchés d’un autre. » Et il ajoute : « Redoutez un jour où nul ne sera récompensé pour autrui ! » Et aussi : « Nul ne portera le fardeau d’un autre. » Laissez-nous alors porter notre propre fardeau et laissez Dieu juger de nos actes. Ne vous substituez pas à lui car « Il n’a pas besoin de protecteur pour le défendre contre l’humiliation ». N’est-il pas vrai que « Dieu connaît le mystère des cieux et de la terre / Il connaît parfaitement le contenu des cœurs » ? Vous n’êtes pas sans savoir, Saâdat al Wazir, que « l’exemple de l’Espagne montre, en outre, que deux cents ans de domination arabe suffirent à placer un pays appauvri, livré à l’abandon et asservi, à la tête de l’Europe et du monde occidental, cela grâce à l’éducation de toutes les couches de la société, grâce à l’essor des sciences et des arts», écrit Sigrid Hunke. En s’installant aux frontières de l’Europe, l’islam a exercé des influences aussi puissantes que variées dans les domaines de la médecine, la philosophie, l’astrologie,les mathématiques, la poésie, la sociologie, le droit, l’architecture… Aujourd’hui, le monde arabe enfante des monstres et des frustrés. Saâdat al Wazir,  Un pays de droit ne conduit pas ses citoyens vers la servitude ! Au lieu de prêcher l’union et l’harmonie, vous jetez de l’huile sur le feu des frustrés par vos annonces venimeuses en exploitant l’ignorance des gens. Incapable de vous élever au niveau de Sciences et Avenir, ou de considérer une œuvre d’art comme une création artistique pour corriger les maux de la société, vous refusez aux Marocains la liberté de jugement et d’analyse. Vous leur contestez la science et l’avenir. Farouche adversaire du progrès, vous déniez la vie aux autres. Pas étonnant alors que vos compatriotes choisissent le chemin du désespoir et de la négation de la vie. Pas étonnant que votre jeunesse se déshumanise par le jihad et devienne une arme à tuer les innocents, alors même que vous mettez vos enfants à l’abri de l’ignorance, de l’invalidité intellectuelle et les inscrivez dans des structures de vie et d’espoir. A titre d’exemple, l’épouse d’un ténor de votre idéologie a fait jouer la position de son mari pour inscrire son petit-fils à la mission française dans un pays du Golfe. Et dire que le personnage refuse aux enfants du peuple l’apprentissage de certaines matières scientifiques en français, « de peur de perdre notre identité ». Assurément, l’hypocrisie traverse les âges, dépasse les divergences partisanes des donneurs de leçons, et notre malheureuse histoire répète ses échecs pour les plus démunis.

Vous avez encore raté l’occasion de montrer que le Maroc est un pays ouvert, tolérant, respectueux de ses invités

Pour verrouiller le discernement du peuple marocain et accroître sa frustration, vous l’avez conditionné à mettre sa science à l’affût d’un baiser d’adolescents, du langage d’une prostituée dans un film, d’une critique dans un roman, des paroles d’une chanson, d’une jupe portée par une femme, du bikini sur les plages, d’un short porté par une fillette, d’un ingénu homosexuel… Résultat, les hôtels sont vides et les commerces souffrent car les touristes désertent le Maroc qui ne cesse de fabriquer frustration et violence sous votre mandat. Votre brillantissime ingéniosité a atteint son apogée avec la prestation de Jennifer Lopez au festival Mawazine en 2015. La jolie chanteuse américaine, invitée par «le plus beau pays du monde » (et qui n’en a rien à f***** de vous et de vos jérémiades !) s’est déhanchée devant 160 000 spectateurs, tous subjugués par sa prestation. Vous avez encore raté l’occasion de montrer que le Maroc est un pays ouvert, tolérant, respectueux de ses invités. Devant le Parlement, vous avez déclaré à ce sujet que « la tolérance, ne veut pas dire être complice du crime ! » Un citoyen lambda a alors porté plainte contre la star et on a pu lire ceci dans la presse : « Si Jennifer Lopez est reconnue coupable (par un tribunal marocain bien entendu !) de trouble à l’ordre public, avilissement de l’image de la femme, atteinte aux valeurs morales de l’islam et de l’identité marocaine et blablabla… La star internationale risque jusqu’à quatre ans de prison ferme… », écrit un taré de la place dans un torchon. Tout est dit ; bravo ! On ne rate aucune occasion pour éclabousser le pays de honte.

Aujourd’hui encore, ce sont plusieurs journalistes et un historien qui sont traînés devant votre in/justice. Tous les prétextes sont bons pour museler les esprits libres et faire du pays la risée du monde. On se souvient du temps où votre collègue de la Justice et des Libertés publiques était malmené par les forces de l’ordre quand il manifestait ou quand il défendait les salafistes. Aujourd’hui, il interdit, condamne parce qu’il a goûté au pouvoir et aux privilèges. Censurer… Interdire… Etouffer, emprisonner, torturer… C’est votre programme gouvernemental ! Censurer le rire sur les lèvres des jeunes filles, interdire le printemps de notre jeunesse et faire de ses espoirs un enfer sans fin. Condamner les journalistes indépendants et les intellectuels pour étouffer l’intelligence et l’esprit critique. Traquer la liberté, tuer l’amour, la gaité, la vie, le bonheur. Votre projet sociétal est clair ; enfermer les gens dans un logiciel de fanatisme religieux, de délire idéologique et d’acceptation, ramenant tout le monde au temps des bédouins quand ils vivaient sous la tente et se nourrissaient de dattes et de lait de chamelle.

Vous êtes contre la liberté, contre la beauté, contre la démocratie, contre l’ouverture, contre tout ce que vous n’êtes pas

Albert Camus (dont vous avez sûrement entendu parler) disait : « Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. » Le concept de culture halal que vous cherchez à nous imposer n’est rien d’autre qu’un moyen coercitif pour restreindre la liberté de vos concitoyens, démanteler leur créativité, réduire leur imaginaire, niveler leur raisonnement, soumettre leur esprit, tirer vers le bas leur intelligence et altérer leur savoir-faire. Tuer la vie en nous pour que nous ne rêvions plus que de l’au-delà. Assassiner les rêves du présent contre un futur aléatoire. Vous êtes contre la liberté, contre la beauté, contre la démocratie, contre l’ouverture, contre tout ce que vous n’êtes pas. L’image que vous renvoyez au Marocain est celle de la servitude et du déni de vos propres valeurs politiques. « Dieu ne donne-t-il pas à hauteur de ce qu’il y a dans les cœurs ? » Et dans les cœurs aujourd’hui, à part les barbes et le ressentiment, il n’y a plus ni compassion pour les plus faibles, ni indulgence pour les défavorisés, ni fraternité entre les hommes, ni solidarité. Une large tranche de la jeunesse marocaine aux abois trouve refuge dans l’espoir hypothétique du paradis, justifiant des actes terroristes. Je ne sais plus qui disait qu’« on peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités ». Au Maroc, on peut juger de la valeur de l’action du gouvernement islamiste par la sauvagerie avec laquelle il a dispersé, à travers tout le pays, la manifestation pacifique des enseignants stagiaires contre sa politique d’abattage. On juge de l’étendue du désastre par l’aspect vestimentaire qu’il impose à ses femmes. On voit chaque jour la brutalité avec laquelle il fait face à toute expression libre et de quelle manière il mine le pouvoir d’achat des gens simples qui ont voté pour lui, eux qui espéraient en des temps plus cléments, croyant en sa sincérité. Peu d’années ont suffi pour que leur confiance se transforme en regret ; pouvoir d’achat et libertés ne cessent de se dégrader. Comment pouvaient-ils être si naïfs pour porter au pouvoir une formation politique qui a déserté la scène des luttes sociales du Mouvement du 20-Février ? Par ironie du sort, ce sont « les enfants du 20-Février » qui ont favorisé votre arrivée au pouvoir. Vous avez détourné leur révolution à votre profit et transformé leur vie en enfer pour mériter la bénédiction du Palais. Nombre d’entre eux ont été arrêtés, torturés et emprisonnés. Le Palais joue sa partition et il la joue bien. Vous savez que le peu de voix qui vous ont porté au pouvoir ne sont en aucun cas représentatives de la société marocaine. Alors comme vous n’arrivez pas à remplir les prérogatives que vous octroie la Constitution, vous pliez l’échine et vous composez avec votre ennemi d’hier. Vous êtes tout au plus un paratonnerre et la foudre du Palais est au-dessus de vos têtes. Toute mutation sociale vous effraie, vous aussi. Pourtant, le message du 20-Février était clair : réformes en profondeur (justice, éducation, emploi, santé, liberté), destitution des parasites du système et redistribution des richesses. La voix du peuple n’a pas été entendue. L’économie du pays est faible et les grands projets économiques bénéficient toujours aux privilégiés du système. La fracture sociale est excessive entre les couches sociales, et la classe moyenne peine à trouver sa place dans une économie de rente. L’opacité économique et politique, la corruption endémique, le manque de contrôle et d’évaluation des responsables, l’inconsistance des partis, l’obstination de la police et de la justice à juguler tous les contre-pouvoirs (journalistes, intellectuels, artistes, etc.), le cumul de fonctions et de richesses opaques, les très mauvaises performances de l’école, de la santé… ne servent ni le pouvoir ni la société, ni le pays. L’islam recommande magnanimité pour le faible, protection du pauvre, assistance à l’orphelin, au vieillard et au malade… Où en êtes-vous de cet islam ? Votre islamisme n’est pas un humanisme. Il est idolâtrie du pouvoir, agenouillement et servitude, orgueil et fanatisme accablant. A titre d’exemple, face aux centaines de milliers de familles marocaines qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, votre chef de gouvernement touche un salaire mensuel de 95 000 DH, une indemnité de logement de 20 000 DH, une allocation de 18 500 DH/jour pour représentation de l’Etat et déplacements à l’étranger. Ajoutons à cela tous les privilèges de la fonction, 3 grosses voitures avec bons d’essence sans limite et une retraite bien confortable de 48 000 DH/mois. C’est injuste et indécent quand on se targue d’être un gouvernement issu d’un islam équitable, fraternel et égalitaire ! Nous refusons alors de vous ressembler. Nous refusons d’être ce que vous cherchez à faire de nous. Nous refusons de devenir les guignols de vos frustrations. Nous sommes tous musulmans de fait, ce n’est pas pour autant que nous troquerons la raison contre la foi, ni la voie de la science contre la voix du muezzin. Affranchis de votre fétichisme, nous n’opposerons pas la haine à votre haine. Nous n’opposerons pas l’intolérance à votre intolérance. Nous n’opposerons pas l’injure à vos invectives. Nous n’opposerons pas la sottise à votre impérialisme. Mais, nous opposerons notre propre soif de liberté à votre ostracisme. Nous opposerons notre droit à la vie à votre sectarisme. Nous opposerons notre Etre irréductible à la parodie de votre idéologie. Nous opposerons notre doute à vos fausses certitudes. Nous répondrons à votre brutalité et à vos pieuses superstitions par notre attachement à la démocratie et à l’Etat de droit. Tito Topin (dont le nom ne vous dira sans doute rien) avait raison de dire que « c’est plus facile de chasser un chien qu’un dictateur. Il suffit d’un caillou pour qu’il foute le camp, la queue entre les jambes ».

Votre islamisme n’est pas un humanisme. Il est idolâtrie du pouvoir, agenouillement et servitude, orgueil et fanatisme accablant.

05Pour un dictateur, il faut l’assentiment de toutes les nations, il faut blablater, attendre qu’il y ait des milliers de morts. Alors, mais seulement alors, on lui balance sur la tronche des milliers de tonnes de bombes qui coûtent de quoi nourrir tout un continent. Résultat, il vaut mieux être gouverné par un chien, c’est plus facile de s’en débarrasser dès qu’il commence à se prendre pour Dieu en personne. De la Syrie à la Libye en passant par l’Irak, les exemples ne manquent pas et « la Vérité vient de ton Seigneur », jamais d’un mortel ! Demain, vous ne serez plus aux commandes de ce pays, Saâdat al Wazir, ni vous ni votre équipe. D’autres avant vous sont passés (ou ont trépassé) avec leur morgue, leur mépris pour ce peuple, leur fortune acquise sur le dos de la bête, leur indifférence pour le bien du pays. Vous passerez vous aussi et la marée de l’oubli se refermera sur vous. L’Histoire ne retiendra de vous que le mal que vous avez causé à nos libertés en peu de temps, à nos sentiments, à nos rêves, à nos espérances. « Le peuple […] vous supporte, écrit Arthur Koestler, muet et résigné, comme il en supporte d’autres dans d’autres pays, mais il ne réagit pas dans ses profondeurs. Les masses sont redevenues sourdes et muettes, elles sont à nouveau la grande inconnue silencieuse de l’histoire, indifférentes comme la mer aux navires qu’elle porte. Toute lumière qui passe se reflète sur sa surface, mais en dessous tout est ténèbres et silence ». Et si demain les urnes n’ont pas raison de votre artifice. Si le Palais ne vous jette pas comme un Kleenex qui a servi. Si votre artifice doctrinal ne vous fait pas défaut, l’histoire et le temps se chargeront de vous expulser de notre quotidien comme ils ont chassé bien d’autres orgueilleux. Ils vous foutront à la poubelle de l’oubli.

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Mais le pays ne se relèvera pas de sitôt du tort que vous causez à sa mémoire, à ses libertés publiques et privées, à sa démocratie, à son identité et à sa spécificité. Il n’oubliera pas que vous avez monté une frange de la société contre l’autre, les rendant l’une à l’autre ennemies. Le hadith dit : « Koulloukoum râ’ine wa koulloukoum mas’ouloun ‘an ra’iyatih ! » (Chacun de vous est pâtre — gardien/protecteur —, et chacun de vous est responsable de ses sujets !). Dostoïevski l’exprimait autrement : « Nous sommes tous coupables de tout et de tous, devant tous les autres, et moi plus que tous les autres. » La responsabilité des autres, Saâdat al Wazir, est la recherche de leur bien. Notre relation à Dieu ne vous regarde pas ; c’est une affaire strictement personnelle.

Le pays n’oubliera pas que vous avez monté une frange de la société contre l’autre, les rendant l’une à l’autre ennemies.

Alors, que vous soyez islamiste, communiste, capitaliste, royaliste ou opportuniste, vous êtes responsable et comptable de vos paroles comme de vos actes. Tout ministre que vous êtes, c’est avec nos deniers que vous sévissez. Vous êtes donc rémunéré par ceux qui vous ont permis d’arriver au pouvoir pour alléger leurs souffrances, et non pour juguler leurs libertés et leurs espoirs comme vous le faites.

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Avec vous, nous commençons à nous dire, à l’instar d’Andreï Makine : « Nous nous sommes vus soudain tout petits avec nos convictions tièdes, avec nos amours tiédasses, avec nos engagements fadasses. Oui, notre vie nous est apparue telle qu’elle était : non seulement hypocrite et fausse, mais surtout ridiculement courte […]. C’est pire qu’une fin de monde ! Car apparemment rien n’a bougé. La catastrophe était en nous. Les gens n’arrivaient plus à se regarder les yeux dans les yeux, tellement ils avaient honte de leur petitesse. » Je me prends de pitié pour ce pays dont la réputation est calomniée par votre faute sur les plateaux de télévisions étrangères et dans la presse. Je me prends de pitié pour ce peuple que vous infantilisez en lui dictant ce qu’il doit voir et pas voir, ce qu’il doit lire et pas lire, ce qu’il doit entendre, ce qu’il doit faire, comment il doit s’habiller, quoi boire et manger… Cela porte un nom ; ça s’appelle dictature. Que la miséricorde de Dieu soit sur Ibn Khaldoun qui a dit que « tout ce qui est arabe est voué à la ruine ! » Heureusement pour nous, nos origines sont berbères. Malgré ça, et au rythme où vous entretenez votre acharnement contre nos libertés, vous mènerez ce pays à la ruine de son imagination créatrice, incontestablement. Méditons sur ces trois vers du dernier poète arabe d’Andalousie : « Dans un cercle enflammé le danger nous enserre, Il n’est pas de tourment, hélas ! sur cette terre, Qui jour et nuit ne nous accable ! »