Le 25 mars dernier, l’Union Européenne (UE) a célébré dans un contexte tourmenté le soixantenaire du Traité de Rome, ayant institué, en 1957, la Communauté Economique Européenne (CEE). En 1973, le Royaume-Uni rejoignait à son tour, en même temps que l’Irlande, cet ensemble qui a posé les bases de l’UE d’aujourd’hui – une union unique dans le monde, symbole de paix, de démocratie et de respect des droits de l’Homme –et qui s’est vue attribuer à ce titre en 2012 le plus prestigieux des prix Nobel.

Mais l’heure n’est pas à la fête alors que l’UE connaît, avec le Brexit, le premier divorce de son histoire. Au Royaume-Uni, le gouvernement May et un certain nombre de médias, parmi lesquels figurent non seulement les tabloïds mais aussi les titres les plus établis du secteur, dégagent l’impression d’anticiper, si ce n’est de souhaiter, un échec à plus ou moins long terme de l’UE. Cette impression, qui émane – culture politique oblige – d’une approche sans doute trop assurée de « gagnant-perdant », est renforcée par une posture initiale de négociation agressive. Ainsi, alors que d’aucuns ont appelé récemment, lors d’un débat au Parlement britannique, à garantir d’emblée -en signe d’apaisement et de bonne volonté-aux ressortissants de l’UE le droit de rester sur le territoire anglais, Theresa May préfère voir cette question réglée dans le cadre des pourparlers à venir.

Il est vrai qu’il y a lieu de se poser de sérieuses questions quant à l’avenir de l’UE dans un contexte électoral qui se révèle tendu, aux Pays-Bas, en France ou en Allemagne, alors que les partis d’extrême-droite, les populistes et les eurosceptiques gagnent du terrain, confortés dans leurs idées par le Brexit et l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

Pour autant, le Royaume-Uni n’a aucun intérêt à voir une Europe faible, divisée, voire fasciste émerger à ses portes. Sur le plan interne aussi, un divorce à l’amiable serait bien plus avantageux qu’un Brexit dur, d’autant plus que l’Ecosse et l’Irlande du Nord font entendre leur profond désaccord et leurs inquiétudes, la première étant majoritairement pro-européenne, tandis que la seconde a pu tourner la page de 30 années de conflit notamment du fait de la frontière avec l’Irlande, rendue « invisible » par la libre circulation des biens et des personnes – principe fondamental de l’UE. Ne perdons pas de vue, en effet, que ce projet d’union est venu en réponse aux guerres à répétition qu’a connues l’Europe jusqu’en 1945, et ce dans une perspective cosmopolite inspirée de l’idée de « paix perpétuelle » selon Kant(1). Aussi, le Royaume-Uni et tous les acteurs concernés feraient bien de se rappeler que ni la paix ni la démocratie ne sont acquises, et que l’on a davantage à gagner du succès de ses partenaires que de leur échec.

Certes, l’UE a d’importants défauts. Mais elle peut sortir renforcée de cette expérience, à condition d’apporter des réponses innovantes, à travers un fonctionnement moins bureaucratique, plus transparent, et plus proche des individus qu’elle représente. Et à condition également que ses alliés d’hier ne se transforment pas en « adversaires » de la première heure aujourd’hui.

 

(1) Le « Projet de paix perpétuelle », essai d’Emmanuel Kant (1724-1804) paru en 1795, est considéré à ce jour comme l’un des plus grands ouvrages de philosophie politique.