Vous n’aimez plus cet homme. Vous n’êtes plus heureuse avec lui. Vous commencez à songer au divorce. Mais vous êtes handicapée par cette première interrogation : « Que diront les autres ? ». Et puis, après de longs mois d’hésitation, vous finissez par prendre la décision. Autour de vous, l’incrédulité : « Oui, mais pas à ton âge », « Si tu as supporté cette vie pendant des années, c’est que tu peux continuer », « Regarde, mon mari aussi me trompe depuis des années. Je fais semblant de ne pas savoir pour préserver le foyer familial et les enfants », « Tu crois que tous ces couples que tu vois sont heureux ? », etc.

Toute personne qui a, un jour, pensé prendre un nouveau virage dans sa vie : un divorce pour mettre fin à un mariage malheureux, un revirement professionnel inhabituel, un choix de vie qui sort des modèles traditionnels, a 100 fois entendu ce genre de répliques. 

Aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan des choix individuels et affectifs, femmes et hommes sont condamnés à se conformer à des schémas sociaux plus ou moins linéaires. On vous demande de vous marier avec un homme / une femme qui répond au « cahier des charges » du conjoint « convenable ». On vous demande de faire des enfants, peu importe que ce soit votre choix véritable ou juste une injonction sociale. On vous demande de garder votre poste bien payé, même quand votre vocation est ailleurs. On vous exhorte à maintenir tout ce schéma de vie, même si, un beau matin, vous vous réveillez pour vous rendre compte qu’il ne vous ressemble pas. Que vous avez besoin de respirer autrement et ailleurs.

Au final, ce qu’on vous demande, c’est de vous conformer à la norme sociale. De faire ce que les autres attendent de vous. De ressembler à ceux qui vous entourent, y compris dans leurs éventuelles frustrations secrètes. Toute singularité est à bannir au profit d’une conformité banale jusqu’à l’étouffement ! 

Exister en tant qu’individu qui ne se noie pas dans la masse, qui fait ses propres choix de vie (des choix probablement saugrenus aux yeux des autres), quitte à les regretter (n’est-il pas plus amer de regretter avoir subi, sans conviction, les choix des autres?) ; c’est au final ce qui fait le plus peur à la communauté. Ce droit à la différence fait prendre à certains la mesure de leurs frustrations. Et c’est justement pour cela qu’ils combattront et condamneront toutes les tentatives de choix individuels. Pour que tous se ressemblent… et pour que la frustration soit un destin collectif !