Convertie à l’islam avant de rejoindre la Syrie en 2014, la Belge d’origine italienne Laura Passoni finit par rebrousser chemin, quittant un enfer qu’elle croyait être un paradis pour une musulmane pieuse. Elle relate sa vie à Raqqa dans le livre ‘Au cœur de Daesh avec mon fils’*.

Laura Passoni lors d'une interview accordée à Associated Press à Bruxelles, le 6 octobre 2016. / Crédit photo : Geert Vanden Wijngaert (AP Photo)

Laura Passoni lors d’une interview accordée à Associated Press à Bruxelles, le 6 octobre 2016. / Crédit photo : Geert Vanden Wijngaert (AP Photo)

« Là-bas, nous ne sommes que des ventres, des marchandises stockées, des esclaves ». L’amertume, c’est tout qui reste à Laura Passoni, après être revenue de Raqqa, fief de Daesh. Aujourd’hui, elle dit vouloir partager son expérience de départ pour la Syrie, afin de dissuader les jeunes qui seraient tentés par le jihad.

Tout commence en 2014. Laura vit une série de déceptions sentimentales, parallèlement à une situation professionnelle précaire. Internet est alors sa seule échappatoire. Elle découvre les vidéos de Daesh sur les réseaux sociaux et bascule rapidement vers une perception idéalisée de l’engagement en Syrie : « Je pensais pouvoir aider le peuple syrien, soigner les blessés et m’occuper des orphelins (…), pouvoir trouver un mari qui me soit fidèle. Je n’étais pas consciente que j’allais vivre sous les bombardements, dans la barbarie ».

Par le biais d’un jihadiste appelé Idriss, Laura rencontre virtuellement Oussama, qui deviendra son mari. Elle pense partir avec lui en Syrie, puisque ce dernier dit vouloir rallier l’armée des rebelles contre Bachar al-Assad. Laura emmène avec elle Nassim (quatre ans), son fils d’une précédente relation, pour un long périple jusqu’en Turquie. Arrivée en Syrie, Laura s’inquiète pour l’éducation de son fils, d’autant plus que les combattants emmènent ce dernier sur le champ de bataille et l’initient à l’égorgement sur des peluches.

Neuf mois plus tard, Laura, enceinte d’un deuxième enfant, est aidée par Oussama qui approuve également l’idée de quitter Daesh. Une fois en Turquie, ils sont extradés en Belgique. Le lendemain des attentats de Bruxelles, le 23 mars 2016, Laura écope de trois ans de prison avec sursis pour « participation aux activités d’un groupe terroriste », après avoir longtemps été sous surveillance. Oussama écope quant à lui de quatre ans de prison ferme, la garde des enfants leur étant retirée.

Laura assure aujourd’hui pratiquer un islam « apaisé ». Elle décrit sa vie ruinée, entre la perte de son autorité parentale et la difficulté de trouver un travail avec un casier judiciaire faisant d’elle aux yeux de beaucoup « une terroriste ». Elle veut surtout que son expérience serve d’exemple pour d’autres : « J’ai écrit un livre (…) avant tout pour mettre en garde les jeunes filles ».

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* Au cœur de Daesh avec mon fils, un livre de Laura Passoni, co-écrit avec Catherine Lorsignol, journaliste d’investigation. Editions La boîte à pandore, 196 pages. Octobre 2016.