Présélectionné aux Oscars, le court-métrage d’animation Sous tes doigts de la réalisatrice française Marie-Christine Courtès est un triptyque générationnel sur la guerre d’Indochine (1946 – 1954). Un opus qui rappelle les stigmates permanents d’un conflit à travers le vécu de trois femmes.

sous tes doigts

Les noms des finalistes pour la course aux Oscars dans leur 89e édition seront annoncés le 24 janvier prochain. Parmi les œuvres qui concourent pour remporter le précieux sésame, le court-métrage d’animation Sous tes doigts est présélectionné dans la catégorie « Animation », avec neuf autres films. En douze minutes, la réalisatrice Marie-Christine Courtès y revisite l’histoire de la guerre d’Indochine, la colonisation française du pays, ainsi que ses répercussions en 60 ans sur le destin de trois femmes, entre violence, exil et questionnement identitaire.

(Bande-annonce du film)

Le film constitue un prolongement du Camps des oubliés, documentaire réalisé en 2004 par la reporter française où celle-ci recueille les témoignages de Vietnamiennes rapatriées en 1956 et placées dans le Centre d’accueil des Français d’Indochine (région du Lot, sud-ouest de la France). Toutes disaient être veuves, mais beaucoup vivaient en réalité avec la douleur de l’abandon d’un amant, d’un époux, un militaire ou un ancien colon français revenu parmi les siens. Sous tes doigts traduit cette douleur de guerre conjuguée au féminin, illustrant les blessures et les non-dits qu’aucune caméra du temps présent ne parvient à pénétrer. Des maux qu’il est difficile de mettre en image, le court-métrage fait un cri du cœur grinçant et sans dialogues, où la fiction donne une grande marge de liberté pour mieux mettre la lumière sur une réalité historique.

Marie-Christine Courtès choisit ainsi la fiction pour soulever des interrogations liées au déracinement et à l’avenir des générations enfantées par ces femmes de camps. Dans ce film, on vit avec une rapatriée qui incarne le passé de la guerre en Indochine. Elle est délaissée par son amant dont elle était amoureuse et se trouve prisonnière de l’exil avec son enfant. Cette dame vieillie par le déchirement de l’amour et de la patrie rattrape le présent de sa petite-fille, Emilie. Celle-ci, probablement lassée par un certain regard lubrique porté sur les femmes asiatiques en Occident, tient à cacher sa féminité au quotidien et paraît insensible au décès de sa grand-mère. Mais au fond, l’adolescente est tiraillée : d’une part, elle peine à s’intégrer pleinement à la société française et d’autre part, la transmission des coutumes vietnamiennes entre sa mère et elle ne se fait pas. Emilie méconnaît par exemple les rites de crémation et les cérémonies religieuses auxquelles elle voit avec indifférence sa mère s’adonner. Elle ressent cette coupure entre elle et son pays d’origine, qui lui paraît si lointain mais douloureusement omniprésent.

Un dialogue salvateur

Depuis un voyage au Vietnam où la petite-fille renoue enfin avec l’héritage culturel de son aïeule, Emilie s’est davantage rapprochée de sa mère. Elle a appris à mieux vivre avec le lourd passé de sa grand-mère et à l’assumer pour s’en enrichir. En plus de soulever avec une grande sensibilité humaine des problématiques ayant jalonné le 20e siècle, comme l’héritage controversé de la colonisation ou la construction des identités nationales, Sous tes doigts reste une ode à l’espoir. Marie-Christine Courtès appelle ici au dialogue et à la réconciliation afin que l’Histoire ne soit plus source de division et de communautarisme.