Ces dernières semaines, Donald Trump s’est montré très entreprenant sur plusieurs dossiers internationaux : raid en Syrie, bombardement en Afghanistan, tensions croissantes avec la Corée du Nord… Surprenant pour un président qui avait fait de la non-ingérence un de ses crédos de campagne. Analyse.

Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors de leur rencontre le jeudi 6 avril 2017 en Floride.

Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors de leur rencontre le jeudi 6 avril 2017 en Floride.

Le nouveau président américain fait ses premiers pas en politique étrangère. Des pas pour le moins hasardeux. Alors que pendant sa campagne présidentielle Donald Trump avait affirmé ne pas vouloir s’ingérer dans les conflits extérieurs, celui-ci multiplie ces dernières semaines les interventions à l’international. Après une première opération militaire ratée au Yémen au début de son mandat en janvier dernier, le jeudi 13 avril, l’armée américaine a largué « the mother of all bombs», la bombe non-nucléaire la plus puissante de l’arsenal US, sur un réseau de tunnels de l’Etat Islamique dans l’Est de l’Afghanistan, tuant 36 djihadistes. Si cette intervention n’a pas réellement surpris, le nouveau locataire de la Maison-Blanche ayant promis durant sa campagne qu’il ferait disparaître Daesh  « très, très rapidement», le changement radical de position de Trump sur Bachar Al-Assad a en revanche été jugé spectaculaire par nombre d’observateurs. Après avoir déclaré que le sort du président syrien n’était pas sa priorité au lendemain des attaques chimiques sur Khan Cheikhoun (le 4 avril dernier), Donald Trump a décidé d’intervenir directement en Syrie, rompant avec la politique d’attentisme de Barack Obama sur ce conflit. Aussi, l’armée américaine a lancé pas moins de 39 bombes sur la base de Sayrat, présumée liée à l’attaque chimique en question. Une intervention vivement critiquée par la Russie, qui s’est engagée aux côtés de l’armée régulière syrienne dès le 30 septembre 2015.

Pour l’une de ses premières rencontres officielles avec un chef d’Etat étranger, Donald Trump a reçu dans sa résidence en Floride les 6 et 7 avril 2017 le président chinois. Alors que le président américain avait un discours virulent pendant sa campagne sur la Chine, l’accusant notamment de manipuler sa monnaie, la rencontre semble s’être bien déroulée entre les deux hommes. Donald Trump a même déclaré à l’issue de cette dernière avoir développé une relation « exceptionnelle » avec Xi Jinping. Un adoucissement de position probablement lié à l’engagement de Pékin à faciliter les exportations américaines et à faire pression sur la Corée du Nord pour abandonner son programme d’armement balistique et nucléaire.

La Corée du Nord cherche des ennuies. Ce serait une belle idée si la Chine nous venait en aide. Sinon, nous réglerons ce problème sans eux ! USA. (Tweet du compte officiel de Donald Trump, 11 avril)

Donald Trump parait s’être engouffré en effet dans une escalade périlleuse avec le régime de Kim Jong-Un, sous l’œil inquiet de Pékin, appelé à jouer le rôle  de pacificateur entre les deux pays. Pyongyang de son côté, qui préparerait son sixième essai nucléaire dans le Pacifique, ne semble en tous cas pas prêt d’oublier l’envoi « préventif » par l’armée américaine du porte-avions USS Carl Vinson vers la péninsule coréenne, même si plusieurs médias américains démentent cette information.  «Le déploiement américain insensé pour envahir la République populaire démocratique de Corée [RPDC] a atteint une phase préoccupante. La RPDC est prête à réagir, quel que soit le type de guerre voulu par les Etats-Unis.», a de la sorte répliqué Wang Yi, le ministère des Affaires étrangères nord-coréen.

 

A gauche le porte-avions américain,l'USS Carl Vinson et à droite des chars d'assauts nord-coréen lors d'une parade militaire.

A gauche le porte-avions américain, l’USS Carl Vinson et à droite des chars d’assauts nord-coréen lors d’une parade militaire.

Répondant le 18 avril dernier à la chaîne Fox News sur l’avenir des relations de la Maison-Blanche avec la Corée du Nord, le nouveau président américain a conclu : «  J’espère qu’on va avoir la paix, mais ça fait longtemps qu’on parle avec ce monsieur (le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, NDLR) ». Avant d’ajouter, en référence aux tentatives de ses prédécesseurs démocrates Bill Clinton et Barack Obama: « Tout le monde s’est fait avoir. Ils se sont tous fait avoir par ce monsieur».

De par son côté imprévisible, certains comparent d’ores et déjà Donald Trump à Guillaume II, troisième et dernier empereur d’Allemagne (1888-1918). Sa récente omniprésence sur l’échiquier international questionne sur la nouvelle teneur de la politique extérieure américaine. Donald Trump compte-t-il refaire des Etats-Unis les gendarmes du monde ou sera-t-il un nouveau « cow-boy diplomatique » à l’image des Georges Bush père et fils ? Seul le temps le dira.

T.S.