La ville blanche a inauguré ce mardi 21 février 2017 la première édition du Festival culturel de Casablanca sous le thème : « Cohabitation entre les cultures et les religions au Maroc ». Un événement organisé entre autres par l’Association des Anciens élèves du Grand Casablanca et qui s’est tenu jusqu’au jeudi 23 février.

De gauche à droite: Raphaël Devico, l'écrivain Marek Halter et Keslassy, représentant de la communauté juive de Toronto

De gauche à droite: l’essayiste et chercheur marocain Raphaël Devico, l’écrivain français Marek Halter et le président de la communauté juive marocaine de Toronto, Simon Kesslassy. 

C’est dans l’après-midi du mardi 21 février 2017 qu’a été lancée dans l’enceinte du Palais du Méchouar la première édition du Festival culturel de Casablanca. Un lieu mythique de Dar el Baïda où se sont rassemblées de nombreuses personnalités de la scène culturelle, artistique, politique ou encore littéraire comme l’écrivain français d’origine polonaise Marek Halter, invité d’honneur de ce festival. Cette rencontre a également été marquée par la présence de Simon Keslassy, président de la communauté juive de Toronto, de Paul Dahan, président du musée juif marocain de Bruxelles, mais aussi de Raphy Serfaty, représentant de plusieurs associations juives de France ou encore par celle du professeur de médecine Gaby Malka, représentant de la communauté juive de Dijon.

L'écrivain Marek Halter en compagnie du grand rabbin de Casablanca Rabbi Joseph Israël.

L’écrivain Marek Halter en compagnie du grand rabbin de Casablanca Rabbi Joseph Israël.

Pour la Commune de la ville de Casablanca, l’Association des anciens élèves du Grand Casablanca et l’Association socioculturelle de la Chaouia, organisateurs de cette manifestation, cette première édition a surtout été l’occasion de démontrer que la cohabitation entre les confessions musulmane, juive et chrétienne est une longue tradition marocaine, comme l’a expliqué l’industriel, essayiste et chercheur Raphaël Devico, auteur de « Juifs du Maroc, des racines ou des ailes ? » (Ed. Biblieurope), et principal initiateur du projet, durant son discours prononcé à cette occasion (extraits) :

« L’oubli et la distance sont les deux ennemis de la mémoire (…)  Feu Sa Majesté Hassan II que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde, professait : « Même établis dans des pays lointains, les juifs du Maroc demeurent nos sujets et nous leur devons protection. ». La mission confiée à feu David Amar[1] pour faire connaitre la cause du Sahara marocain auprès des décideurs français, canadiens et américains, fut un succès. A cette époque au Maroc résidaient alors 20 000 juifs. Cette mission a permis en outre la création à Montréal du Rassemblement Mondial du Judaïsme Marocain en 1985. Cette institution avec d’autres sont en crise depuis le départ de feu David Amar. Elles doivent être vivifiées dans un cadre démocratique. C’est le moyen de motiver les nouvelles générations marocaines juives, garantes de l’avenir dans nos rencontres et partages.

Les 1 200 000 ambassadeurs marocains juifs, là où ils se trouvent, ont toujours clamé avec véhémence que la séparation du Sahara marocain du territoire national par les différentes puissances coloniales ne reposait sur aucun élément légal. Aujourd’hui, et pour l’éternité, le Sahara Marocain fait partie intégrante du territoire national (…). 

Sa Majesté Mohammed VI (…) prend en charge la restauration des lieux de culte et des cimetières juifs. Amîr Al Mouminine souligne ainsi la richesse de la civilisation marocaine et rappelle que le Royaume est attaché à son ouverture sur le monde et sur l’Afrique en particulier. Sa diplomatie tranquille rappelle ainsi l’œuvre des grands hommes d’Etat et fait que le Maroc a regagné aujourd’hui l’Union Africaine par la grande porte. Dans les synagogues marocaines au Maroc et à l’étranger, Dieu, la Patrie et le Roi font partie de nos prières avec exaltation.

Je vous rapporte ici l’extrait de l’allocution de mon petit-fils Dan à l’occasion de sa bar-mitsvah[2]. Il s’exprime ainsi : « Mes racines vont du Maroc à la Pologne et les livres à la maison vont de la Bible à Houellebecq ». A la question fondamentale : « Comment être juif ? », ma grand-mère Vicky abonderait dans ce sens : « Etre juif, c’est comme Noé, le devoir de transmettre et de perpétuer, envers et contre tout : transmettre le Livre, transmettre nos histoires, petites et grandes, transmettre nos savoirs, transmettre notre amour. ». Quant à mon grand-père Raphaël, il répondrait sûrement : « Comment être juif ? C’est une question subsidiaire. La question primordiale, c’est : comment être un juif marocain ? ». 

Sauvegarder et valoriser le patrimoine culturel casablancais

Au programme de cette manifestation : des conférences sur l’héritage culturel de la ville, des expositions d’art traditionnel maroco-hébraïque, des concerts et des projections de films. Ou encore des visites guidées de sites historiques de Casablanca, comme celle organisée hier en plein cœur de l’ancienne médina, à la Sqala, à la synagogue Ettedgui, à l’église espagnole Buenaventura ou encore à la demeure de Rabbi Haïm Pinto. Un circuit organisé sous l’éclairage de l’archéologue Rabha Zahid. Cette démarche s’inscrit dans la volonté de mettre en lumière le patrimoine culturel casablancais et ce, dans le dessein de préserver l’identité marocaine dans toute sa complexité et sa richesse.

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De gauche à droite: Thami Bennasser, président de l’Association des anciens élèves du Grand Casablanca, Rabha Zahid, archéologue et chef de la division culture, animation, et sport de la Commune de Casablanca , l’artiste Victor Mamane, Raphaël Devico et Georges Danan. 

Dar Rabbi Haïm Pinto dans l'ancienne médina de Casablanca.

Dar Rabbi Haïm Pinto dans l’ancienne médina de Casablanca.

[1] David Amar (1921-2000) : Secrétaire général du Conseil des communautés israélites du Maroc de 1977 à 1987. Ancien président du Groupe ONA et figure majeure du judaïsme marocain, il a notamment fondé en 1985 à Montréal le Rassemblement mondial du judaïsme marocain.

[2] Bar-mitsvah : cérémonie de passage du garçon juif à la majorité religieuse, célébrée le jour de ses 13 ans, et à partir de laquelle il est en devoir d’accomplir les commandements.