Après l’annonce du décès de Simone Veil ce matin, les hommages et les rassemblements en sa mémoire se sont succédés. De Paris à Clermont-Ferrand, hommes et femmes ont manifesté leur reconnaissance à l’une des plus grandes icônes du féminisme contemporain, dont le combat a marqué la législation de la Ve république.

En 2006, la féministe se rend au baptême du Collège Simone Veil / Crédit photo : Sipa, source : http://www.journaldesfemmes.com/societe/actu/1197981-mort-simone-veil-photos/1198002-un-college-a-son-nom

En 2006, la féministe se rend au baptême du Collège Simone Veil / Crédit photo : Sipa, source : http://www.journaldesfemmes.com/societe/actu/1197981-mort-simone-veil-photos/1198002-un-college-a-son-nom

« Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet ». C’est par ces mots que Jean Veil, son fils, a annoncé ce matin à l’AFP le décès de l’ancienne députée UDF (Union pour la démocratie française), figure historique du droit à l’avortement en France. Simone Veil, dont l’état de santé s’était beaucoup dégradé ces derniers mois, s’est éteinte à son domicile parisien. Sur la Place de la République à Paris ainsi que dans d’autres villes de l’Hexagone comme Clermont-Ferrand, des rassemblements spontanés ont été organisés aujourd’hui en hommage à la pionnière des droits des femmes et à la survivante du camp d’Auschwitz.

Les affres de la déportation

Benjamine d’une fratrie juive, républicaine et laïque, Simone Jacob est née le 13 juillet 1927 à Nice. Elle est précocement inspirée par les idéaux de gauche de sa mère. Le 30 mars 1944, Simone est arrêtée lors d’un contrôle de la Gestapo. Ses deux sœurs, son frère et ses parents se font embarquer vers différents camps de concentration nazis. Dans un témoignage émouvant paru dans Paris-Match et relayé par Gala, la réalisatrice Marceline Loridan-Ivens avait raconté la naissance de son amitié avec Simone Veil au camp d’Auschwitz. Cette dernière en sera finalement transférée, après qu’une kapo* ait jugé que la jeune fille était « trop jolie pour mourir ». Son père, sa mère et son frère n’en reviendront jamais. Simone et ses deux sœurs seront quant à elles sauvées in-extremis par les Alliés en avril 1945.

Simone Veil visitant le camp d'Auschwitz-Birkenau, le 27 janvier 2005 / Crédit photo : Patrick KOVARIK (AFP), source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/simone-veil-ma-vie_822398.html

Simone Veil visitant le camp d’Auschwitz-Birkenau, le 27 janvier 2005 / Crédit photo : Patrick Kovarik (AFP), source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/simone-veil-ma-vie_822398.html

Naissance d’un engagement

A son retour en France en mai de la même année, Simone Veil ne perd pas de temps. Parallèlement à ses études en droit, elle travaille puis accède rapidement à la magistrature. En 1957, elle est affectée à l’administration pénitentiaire au sein du ministère de la Justice, où elle se battra pour améliorer les conditions de vie des prisonniers.

Au lendemain de l’élection de Valery Giscard d’Estaing (27 mai 1974), Simone Veil prend le portefeuille du ministère de la Santé, au sein du gouvernement Jacques Chirac. La même année, la magistrate prépare un projet de loi décriminalisant l’avortement. Devant un parterre de 481 députés hommes contre 9 femmes seulement, le débat tourne rapidement aux insultes et aux huées au sein de l’hémicycle, où la députée donne un discours historique. Contre vents et marrées, le texte est finalement entré en vigueur le 17 janvier 1975.

Durant toute sa carrière politique, son engagement en faveur des droits des femmes et de l’Europe lui coûtera altercations et injures de la part des militants d’extrême-droite. A ce propos, l’une de ses répliques à ces derniers restera culte. Prise à partie le 8 juin 1979 par des activistes du Front national (FN), lors d’un meeting pour les élections européennes, Simone Veil leur a calmement rétorqué : « Vous ne me faites pas peur. J’ai survécu à pire que vous. Vous n’êtes que des SS aux petits pieds ».

La députée UDF reviendra en 1993 au sein du gouvernement d’Edouard Balladur, cette fois-ci en tant que ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville. En 2010, ce parcours sur plusieurs fronts sera couronné par son admission à l’Académie française. Pendant ce temps, connu comme la Loi Veil, son texte légalisant l’IVG connaîtra plusieurs modifications au fil des décennies. Depuis 2017, il inclut désormais des sanctions contre l’entrave numérique.

Une continuité du combat

Grâce à cet engagement pour le droit des femmes à disposer de leur corps, « la mère des féministes françaises » a contribué à un travail de conscience collective que lui reconnaissent les militantes de l’Hexagone, comme Karine Plassard, co-fondatrice de la branche d’Osez le Féminisme à Clermont-Ferrand. Contactée par Dîn wa Dunia, celle-ci nous affirme que « si le droit à l’IVG est un acquis historique en France pour toutes les femmes, c’est grâce à Simone Veil et à toutes les féministes qui se sont mobilisées avant ou avec elle ». Mais si cette réglementation de l’IVG représente une avancée considérable dans la protection de la santé des femmes, Mme. Plassard considère que « le combat est toujours d’actualité, parce que des droits comme l’IVG risquent toujours d’être remis en question ou rétrécis, selon les changements que connait la vie politique, comme une élection présidentielle ou législative ».

La militante rappelle dans ce sens l’instrumentalisation du mouvement Les Survivants par les groupuscules de l’extrême-droite dans les campagnes anti-IVG. Elle considère que « c’est par la mobilisation des femmes que nous arriverons à conserver puis à faire évoluer les textes protégeant ce droit. C’est le cas en France et ailleurs, comme nous l’avons vu l’année dernière en Pologne  par exemple ». Afin que la législation française soit dotée de plus de garanties pour éviter tout retour en arrière, Karine Plassard pense que la constitutionnalisation du droit à l’IVG représentera un barrage efficace aux « dérapages anti-IVG qui sont souvent difficiles à sanctionner ».

« Pour toutes ces raisons et pour tous les combats qu’elle a menés, nous exigeons que Simone Veil ait sa place au Panthéon, où peu de femmes sont d’ailleurs présentes », estime Karine Plassard, qui réclame également que Mme. Veil bénéficie de funérailles nationales. Dans ce sens, l’association française Politiqu’elles a adressé ce vendredi une pétition au président Emmanuel Macron.

Celui-ci s’est d’ailleurs empressé en matinée de présenter ses condoléances à la famille de la défunte, tout en promettant que « le jour de la cérémonie prévue mercredi prochain, les drapeaux européens seront mis en berne tandis que les drapeaux français seront parés d’un crêpe noir ». Le Premier ministre français Edouard Philippe a également rendu hommage à Simone Veil, saluant « le visage d’une République debout, humaine, généreuse ».

* Déportés enrôlés pour maintenir l’ordre parmi leurs pairs.