J’ai partagé récemment sur les réseaux sociaux un montage de deux images. La première montrant des jeunes filles d’allure occidentale dans un métro, habillées en tee-shirts légers et shorts courts. A côté, un jeune homme totalement absorbé par la lecture de son livre, indifférent aux passagères en question. Sur la deuxième image, on pouvait voir une dame d’âge incertain passer dans la rue, totalement couverte de sa melhfa(1). Assis sur le seuil d’une maison, quatre hommes d’âge mûr, reluquant presque tous son postérieur. Entre les deux images, on peut lire cette phrase : « Ce n’est pas un problème de nudité, mais un problème de mentalité ».

La photo composée propose en substance une réponse illustrée à tous ceux qui affirment que si les femmes se font harceler, c’est à cause de leurs tenues vestimentaires. 

Mais les réactions de nombreux internautes marocains à ce montage pourtant très parlant ont reflété la même mentalité dénoncée par l’image concernée. Certains ont ainsi estimé que les deux images ne traduisaient pas la réalité des sociétés qu’elles sont censées représenter. D’aucuns sont même allés jusqu’à accuser les auteurs de cette illustration (et du partage qui s’ensuit) de mauvaise foi. 

Ceux qui ont voyagé un tant soit peu dans des pays plus avancés, savent que les femmes, dans la majorité des lieux, peuvent y profiter pleinement et librement de l’espace public. Qu’habillées en robe longue ou en minijupe, en jean ou en short, elles peuvent circuler sans agacement. Oui, le harcèlement existe aussi en Europe, aux Etats-Unis et dans les autres pays occidentaux. Mais dans cette partie du monde, il existe d’abord des lois pour le punir. Et ensuite, socialement, on ne culpabilise pas les femmes du fait du harcèlement qu’elles subissent.

De la même manière, celles et ceux qui observent notre société de façon objective peuvent relever la difficulté pour une femme, quelle que soit sa tenue, de se promener librement dans l’espace public. 

Alors, est-ce de la mauvaise foi que de constater la triste réalité qui fait qu’au Maroc, une femme a tout le mal du monde à s’approprier l’espace public ? Est-ce de la mauvaise foi que de reconnaître qu’en Occident, la femme dispose d’une marge de liberté (beaucoup) plus grande dans ce même espace ? Pourquoi de nombreux hommes continuent-ils à banaliser la réalité du harcèlement sexuel sous nos cieux ? Peut-être ont-ils besoin de le subir dans sa profonde bassesse pour enfin le reconnaître ? Et puis, posons-nous cette dernière question, même dans l’hypothèse où ces deux images dépeindraient une lecture exagérée. Qu’est-ce qui nous paraît le plus sain : la première photographie montrant des personnes qui se respectent dans un espace extérieur commun ; ou alors le second cliché où des hommes lorgnent l’arrière-train d’une femme qui, très souvent, sera tenue pour responsable des regards obscènes qu’elle subit ?