L’Organisation internationale pour les migrations tire la sonnette d’alarme. L’agence intergouvernementale a publié un rapport accablant sur la situation des migrants qui transitent par la Libye, mentionnant la mise en place de « marchés aux esclaves ». Retour sur un drame humanitaire.

Des migrants d’Afrique subsaharienne en transit par la Libye.

Des migrants d’Afrique subsaharienne en transit par la Libye.

Entre 200 et 300 dollars. Voilà ce que coûterait la vie d’un migrant clandestin en Libye. Dans son rapport publié le 11 avril, l’Organisation internationale pour les migrations (l’OIM) mentionne la mise en place dans le pays de « marchés aux esclaves ».

Ainsi les migrants illégaux, pour la plupart originaires du Nigeria, du Sénégal et de Gambie, sont capturés par les passeurs alors qu’ils font route vers le nord de la Libye d’où ils espèrent rejoindre l’Europe par la Méditerranée. Ils sont alors vendus en pleine place publique et contraints de travailler le plus souvent dans la construction et l’agriculture pour les hommes. Les femmes quant à elles sont la plupart du temps réduites à l’esclavage sexuel ou à la prostitution.

Certains se font séquestrer, les ravisseurs appellent par la suite les proches de la victime et la torturent afin de soutirer de l’argent à sa famille. Ceux qui ne peuvent pas payer sont tués ou abandonnés dans le désert. Ce lundi 9 mai Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale (CPI), a pour sa part déclaré être « consternée par les informations crédibles selon lesquelles la Libye est devenue un marché pour le trafic d’êtres humains », avant d’ajouter que la CPI « examine soigneusement la possibilité d’ouvrir une enquête sur les crimes liés aux migrants en Libye ».

Le site de l’OIM a également publié le témoignage édifiant d’un jeune migrant sénégalais. De son côté, Othman Belbeisi, qui dirige la mission de l’OIM en Libye, a quant à lui déclaré « Les migrants sont vendus sur le marché comme s’ils étaient une matière première (…) La traite d’êtres humains est de plus en plus fréquente chez les passeurs dont les réseaux sont de plus en plus puissants en Libye ». La situation des migrants s’est beaucoup détériorée depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et la délicate transition démocratique. Ainsi, depuis 3 ans, 150 000 parmi eux ont réussi à rejoindre la rive nord de la Méditerranée, 600 sont morts en mer depuis le début de l’année 2017, mais on ignore à ce jour combien ont péri dans la traversée terrestre vers la Libye.

T.S.