Dans une discussion informelle, un jeune homme dans la trentaine prononce cette phrase fatale : « Un homme marocain n’épousera jamais une femme qui a couché avec lui. Même s’il essaie de ‘pardonner’, il finira par le lui reprocher un jour ».

De prime abord, pourquoi parler de « pardon » ? Pourquoi considérer la sexualité comme une erreur à pardonner ou non à une femme ? Quid ensuite de la sexualité des hommes ? Ces derniers auraient donc tout le loisir d’avoir une sexualité libre, voire débridée, tout en exigeant d’épouser des femmes au passé sexuel vierge ? Seulement, dans les faits, il est fort probable que ceux qui refusent d’épouser des filles avec lesquelles ils ont partagé les plaisirs du corps se marieront avec des demoiselles qui l’ont fait avec d’autres… Et qui sauront habilement leur montrer le contraire ! 

En effet, et sans tomber dans des généralisations abusives, un homme pourrait se sentir bien avec une femme, néanmoins il préférera en épouser une autre qui n’a pas couché avec lui, mais qui l’a très probablement fait avec d’autres, avant lui. Sa désormais ex-petite amie se mariera avec un autre homme à qui elle décrétera : « Non, jamais avant le mariage ». Ainsi, on ne s’unit pas à celle qu’on aime, mais à celle qu’un autre que nous a aimée… Critère de choix : à nous, elle a dit non.

Prenons encore une fois garde à ne pas généraliser, mais force est de constater que les bonnes mœurs chez nous sont rattachées de manière quasi exclusive à la sexualité, et non aux autres comportements sociaux. C’est ainsi qu’une femme qui affiche une sexualité prémaritale active sera considérée comme une fille aux mœurs légères. En revanche, celle qui vole, ment ou triche ne subira pas forcément la même dévalorisation. Tout cela alors que tout le monde aujourd’hui sait que l’hymen est reconstructible à l’envi ou que certaines pratiques permettent d’avoir une vie sexuelle active tout en le préservant. 

Certaines voix vont encore s’élever pour dénoncer « une nouvelle tentative d’encourager la débauche ». Or, il s’agit plutôt d’une nouvelle tentative pour nous inviter à ouvrir les yeux : tant de transformations démographiques, mais aussi sociales, culturelles et économiques devraient nous inciter à reconsidérer la relation au corps et à la sexualité. Ceci, bien évidemment, si nous voulons construire une société qui s’assume et non une société où le mensonge est roi.

Ce que nous y gagnerons ? Nos hommes épouseront des femmes qu’ils aiment et qui les aiment. Ils cesseront d’épouser celles que d’autres ont aimées et de laisser celles qu’ils ont aimées et qui les ont aimés s’unir à d’autres hommes… Avec lesquels elles ne coucheront qu’après le mariage.