Après six mois de blocage et de suspens, la liste du nouveau gouvernement est tombée mercredi en fin de journée. Si le nombre des ministres membres du PJD a légèrement baissé, le parti de la lampe a su conserver beaucoup de portefeuilles qu’il détenait précédemment. Eclairage.

Le nouveau chef du gouvernement Saadeddine El Othmani, au lendemain de sa nomination par me roi, 18 mars 2017 / Crédit photo : Fadel Senna (AFP)

Le nouveau chef du gouvernement Saadeddine El Othmani, au lendemain de sa nomination par le roi, 18 mars 2017 / Crédit photo : Fadel Senna (AFP)

Sortie d’impasse pour l’exécutif six mois après les législatives du 7 octobre 2016. Nommé le 17 mars dernier après l’échec d’Abdelilah Benkirane à constituer une coalition gouvernementale, Saâdeddine El Othmani a réussi à présenter une liste de ministrables au roi. Mohammed VI a désigné ainsi hier en fin de journée 38 ministres, dont la quasi-majorité est constituée d’hommes, les femmes ayant surtout hérité des secrétariats d’Etat.

L’exécutif aux couleurs du PJD

Le ministère de la Famille, de la Solidarité, de l’Egalité et du Développement social reste aux mains du parti de la lampe, avec la reconduction de la controversée Bassima Hakkaoui à son poste. Pour sa part, Mustapha Ramid a troqué son portefeuille de la Justice et des libertés contre celui du nouveau ministère d’Etat chargé des droits de l’Homme. Une responsabilité perçue par nombre de militants PJD comme « plus importante que la Justice », car conférant au parti islamiste une latitude inespérée dans la gestion gouvernementale du dossier des droits humains.

Hormis quelques changements de forme, le PJD a pratiquement conservé tous les ministères qu’il détenait durant le mandat de Benkirane. Pour renforcer son poids au sein de l’exécutif, le parti peut compter sur Mohamed Yatim, personnalité-clé au sein de l’UNTM, syndicat affilié au PJD. Il se chargera de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle. Pour leur part, Mustapha Rebbah et Abdelkader Amara ont échangé leurs portefeuilles. Le premier est désormais ministre de l’Energie et des Mines, le second étant conduit à la tête de l’Equipement et des Transports.

Quant à Lahcen Daoudi, il devient ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé des Affaires générales et de la Gouvernance, après avoir géré l’Enseignement supérieur et la recherche scientifique au sein de l’ancien exécutif. Cette dernière responsabilité est maintenant rattachée au ministère de l’Education nationale, sous la houlette de l’ex-ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad, qui envisage d’en faire un ministère de souveraineté.

Un héritage trouble

Saâdeddine El Othmani, souvent présenté comme un homme consensuel et moins populiste que son prédécesseur, a la lourde responsabilité d’assurer ou non la continuité des mesures impopulaires à l’actif de l’ancien gouvernement : suppression progressive de la Caisse de compensation, dialogue social au point mort, réforme polémique du Code pénal… El Othmani devra donc composer avec une coalition hétérogène pour poursuivre ou abandonner ces changements initiés en 2012. Il aura également à se prononcer sur le devenir de la réforme gouvernementale des retraites, perçue comme le grand échec du mandat de Benkirane.

Le numéro 2 du PJD s’est différencié de son prédécesseur en montrant son sens du dialogue lors des négociations avec les autres formations. Mais maintenant que l’exécutif est au complet, El Othmani est attendu au tournant, notamment sur les questions d’égalité des genres, dont la Coalition Printemps de la dignité a dressé mardi un bilan peu reluisant. Dans un communiqué au vitriol, la ligue féministe a décrit un mandat « quasi nul », qui « a consacré une détérioration de la situation des droits humains et des femmes dans tous les domaines et contribué au gel des dispositions constitutionnelles relatives à l’égalité et à la parité ». La coalition associative a indiqué notamment que cette situation faisait « occuper au Maroc un mauvais classement concernant les indicateurs de développement humain et économique ». Elle prend note aussi de « l’exclusion des femmes leaders politiques des consultations (…) autour de la composition du gouvernement ».

La nomination d’une seule femme ministre au sein du nouvel exécutif confirme ce que reprochait la Coalition au gouvernement à la veille de ces nominations, à savoir l’absence d’un « programme qui adopte l’approche genre de façon transversale et sa traduction en politiques publiques pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes ». Cette omission rappelle notamment les appels des ONG restés sans réponses, lorsque ces dernières ont exhorté Bassima Hakkaoui de tenir compte de leurs recommandations, dans le cadre de la loi sur la lutte contre les violences faites aux femmes.

Les défis du nouveau gouvernement restent donc nombreux, autant sur les plans législatif et social qu’économique, car il devra notamment faire adopter le projet tant attendu de loi de finances (PLF) pour l’année 2017. Quelles tendances affichera le PJD dans ce sens ? Saura-t-il concilier avec les formations aux tendances idéologiques opposées que sont l’USFP, le PPS et le MP ? Quel poids aura-t-il face aux partis dits de l’administration (RNI et UC) ? Enfin, quel rôle jouera l’opposition tiraillée entre le PAM, l’Istiqlal et la FGD ? Les cent premiers jours de ce mandat gouvernemental donneront certainement le ton.