L’heure du bilan est passée, le temps est à la projection. Disons-le tout de go, à Dîn wa Dunia, nous choisissons d’accorder à Saâd-Eddine El Othmani le bénéfice d’une période de grâce. Nous voulons laisser au nouveau chef du gouvernement l’opportunité de faire entrer le PJD et, par extension, l’islam politique marocain, dans une nouvelle ère, celle d’une « sécularisation » progressive et d’une « normalisation » nécessaire. C’est le lot de tout parti qui a longtemps fourbi ses armes dans l’opposition, a conquis tout le pouvoir qu’il pouvait, et aspire désormais à le garder : il doit réévaluer son discours et avoir conscience, qu’à l’épreuve du pouvoir, l’éthique de responsabilité l’emporte sur l’éthique de conviction, l’intérêt de l’Etat primant sur toute considération idéologique. C’est donc à la fois son discours et son référentiel idéologique que le PJD, sous la houlette d’El Othmani, doit s’atteler à réformer. Les révolutionnaires d’hier devront ainsi se muer en hommes d’Etat ou céder leur place. Tous doivent abandonner le rêve caressé parfois d’incarner une sorte d’homme providentiel : c’est le lot de notre monarchie, de notre système politique, que de n’accepter aucun leadership qui puisse faire de l’ombre au Roi. A lui le temps long de l’Histoire, la vision et la stratégie ; au chef du gouvernement, aux ministres et aux députés, le temps politique, l’exécution et la tactique.

« C’est le lot de notre système politique que de n’accepter aucun leadership qui puisse faire de l’ombre au Roi »

C’est à cette aune-là que nous voulons juger le gouvernement d’El Othmani. Nous voulons croire, comme nous l’écrivions en octobre 2016 (Lire le dossier intitulé « Liberté, non merci ! »,  n°11) que ce nouvel exécutif « aura le courage de dépoussiérer les vieilles lois, souvent héritées du Protectorat, qui nous maintiennent hors de la modernité politique ». Plusieurs signes augurent d’une véritable prise de conscience au sein de l’exécutif comme dans l’opinion publique de l’urgence à mener des réformes sociétales majeures. D’abord, on ne saurait trop se réjouir que le débat sur l’égalité entre hommes et femmes face à l’héritage ait désormais pignon sur rue et qu’il ne soit plus cantonné aux traditionnels cercles des militants des droits humains. Sur 2M, à une heure de grande écoute, Abou Hafs, un « salafiste repenti », aujourd’hui fervent adepte d’une « laïcité musulmane », s’est même fait le défenseur d’une remise à plat de la législation sur le droit successoral. De la même manière, nous nous félicitons de la célérité avec laquelle le nouveau ministre de l’Education nationale, Mohamed Hassad, s’est saisi de la question des manuels d’éducation religieuse (Lire la rubrique « Sacré Maroc ! », www.dinwadunia.ma) et nous nous prenons à espérer qu’un jour nos écoles éduqueront notre esprit critique au lieu de l’anesthésier… Ainsi voulons-nous croire que toutes les bonnes volontés affichées de notre classe politique seront à la hauteur des enjeux, et osons penser que les bonnes âmes du PJD auront retenu les leçons de leurs prédécesseurs de gauche car, si elles se divisent sur le projet de société porté par la monarchie, elles risquent d’avoir à se plaindre que l’enfer soit pavé de bonnes intentions…