Paradoxe? Un vent de renouveau souffle sur les Etats-Unis. Alors que l’Amérique – et toute la planète avec elle – s’est fait une raison suite à l’élection de Donald Trump au poste conférant le plus de pouvoir au monde, les forces libérales de la nation se sentent investies d’une mission : protéger le pays contre la dérive autocratique qui le guette.

Si cette mobilisation est palpable un peu partout dans la société américaine, elle l’est particulièrement au sein du milieu culturel. Le discours courageux de Meryl Streep à l’occasion des Golden Globes Awards, dans lequel l’actrice a dénoncé le nouveau président pour s’être moqué d’un journaliste handicapé durant sa campagne, n’en est que l’illustration la plus étincelante. Côté musique, les rumeurs sont allées bon train quant à la difficulté éprouvée pour trouver des artistes souhaitant se produire lors de la cérémonie d’investiture de Trump. Un contraste frappant avec le président sortant, qui a fêté son départ en novembre dernier lors d’un concert ayant réuni une belle brochette d’artistes à la Maison Blanche. Le soutien appuyé des stars de la musique à Barack Obama est en effet notoire, et celui-ci le leur a bien rendu, soulignant à cette occasion que la musique était « une part essentielle de l’expérience américaine, un miroir de ce que nous sommes, et un rappel de ce que l’on peut être ».

Alors que beaucoup d’incertitudes et d’appréhensions persistent quant à la direction que vont prendre les Etats-Unis, le pays paraît s’accrocher à ses fondamentaux. S’agit-il là d’une ère semblable aux années 1960, lorsque les forces progressistes d’alors avaient suivi leurs icônes pacifistes pour se dresser avec détermination contre les discriminations raciales en interne et les guerres menées à l’étranger ? Une chose est sûre : le prix Nobel de littérature 2016 décerné au chanteur américain Bob Dylan pour ses titres engagés revêt une charge symbolique plus importante encore depuis la victoire surprise du magnat de l’immobilier.

Car, à travers l’Histoire, tout changement socio-politique majeur a été accompagné, si ce n’est précédé, de résistance culturelle. Dans la sphère anglo-saxonne, le pouvoir de l’art, de la musique et de la culture en général est communément admis – une idée moins ancrée dans la sphère francophone. Aussi, l’expression « culture populaire » n’a pas la même connotation dans ces deux univers linguistiques. Alors qu’en anglais « popular culture » établit un lien positif entre peuple, popularité et succès, le terme français, lui, revêt souvent en revanche une connotation condescendante, désignant une culture du  « petit peuple », qui serait implicitement inférieure à une culture d’élite plus « savante ».

Du discours de Meryl Streep, c’est donc aussi et surtout sa façon de prendre à témoin une par une les célébrités les plus populaires d’Hollywood présentes dans la salle qu’il faut retenir. L’actrice la plus nominée aux Oscars a ainsi rappelé à chacune d’elles qu’elles sont issues de familles ordinaires originaires des quatre coins des Etats-Unis, et qu’elles doivent notamment leur réussite à un rêve américain que semble menacer le nouveau locataire de la Maison Blanche, en ce que ce rêve est inextricablement lié aux principes de liberté d’expression et de démocratie.