Combien de Marocains se rendent au cinéma et combien de livres lisent-ils par an ? L’Association Racines tente d’y répondre, à travers Les pratiques culturelles des Marocains, une étude de terrain récemment menée par les chercheurs Aicha Nouri et Mohamed Sammouni, sous la direction de Aadel Essaadani.

Panel de discussion lors des derniers Etats Généraux de la culture, organisés par Racines du 10 au 12 novembre 2016 à la Fabrique culturelle des Anciens abattoirs de Casablanca. / Crédit photo : Association Racines

Panel de discussion lors des derniers Etats Généraux de la culture, organisés par Racines du 10 au 12 novembre 2016 à la Fabrique culturelle des Anciens abattoirs de Casablanca. / Crédit photo : Association Racines

Cerner les habitudes de consommation culturelle des Marocains ainsi que leur participation à la vie artistique, tel est l’objectif de cette étude de terrain. Comme le rappelle l’introduction de l’enquête, cette dernière s’est imposée à l’Association Racines au vu de « la rareté des chiffres et des statistiques traitant des pratiques culturelles chez les Marocains ». Le document fait ainsi savoir que 48.2% des Marocains ne lisent jamais de journaux. Ils sont 31.5% à n’exercer aucune activité artistique, tandis qu’ils sont 79.5% à ne pas être allés au cinéma depuis un an. De même, 73.7% parmi nous ne se sont jamais rendus au théâtre, alors que 64.3% n’ont acheté aucun livre au cours des 12 derniers mois ayant précédé cette étude.

Des données complémentaires

Ces chiffres inquiétants viennent appuyer le plaidoyer de l’Association Racines, qui milite pour une démocratisation des pratiques culturelles au Maroc, notamment par le biais des Etats Généraux de la culture (EGC) organisés tous les deux ans. Mehdi Azdem, directeur général de l’ONG, nous explique que cette enquête représente une continuité du travail. En effet, l’association s’est intéressée entre 2012 et 2014 aux infrastructures culturelles du Maroc, à travers un inventaire de toutes les structures culturelles (étatiques ou non) disponibles dans le pays, ainsi que les artistes et professionnels marocains et de la diaspora.

« Ce premier travail nous a permis de mettre en place artmap.ma, à l’occasion de la tenue des premiers Etats Généraux de la culture (EGC) en 2014, ajoute M. Azdem. Les pratiques culturelles des Marocains représentent donc une étude complémentaire : au bout de la deuxième édition des EGC (2016, ndlr), nous avons réalisé la quasi-inexistence de données chiffrées concernant le public, ses habitudes et ses attentes culturelles. Or, c’est un élément important pour diagnostiquer au complet la situation de du champ culturel au Maroc. On s’intéresse aux structures, aux politiques publiques, à l’offre, aux artistes parfois, mais on se penche tout autant sur les besoins des personnes à qui l’on propose ces services-là ».

Justement, il ressort de cette enquête que ce n’est pas la demande qui manque. « Le constat général de l’étude est que les Marocains expriment une réelle envie de participer d’une manière ou d’une autre aux dynamiques culturelles, nous explique Mehdi Azdem. Mais le problème persistant est celui de l’accès aux espaces qui abritent ces activités et la communication défaillante qui n’aide pas à mobiliser le public ».

Selon Les pratiques culturelles des Marocains, plaider pour un accès facile aux activités culturelles devient une urgence. L’idée de rendre ces manifestations plus accessibles et de fidéliser un public autour rejoint également la pétition FADAE. Lancée en novembre 2016 par l’Association Racines, la pétition défend le libre accès à l’espace public, notamment pour les activités liées à l’art de rue.