9 mois après le putsch manqué du 15 juillet 2016, les Turcs se sont prononcés lors d’un référendum national sur la révision constitutionnelle du statut du président de la République. Décryptage d’un scrutin contesté.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan  lors d’un meeting à Istanbul le 15 avril 2017 (Reuters).

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan lors d’un meeting à Istanbul le 15 avril 2017 (Reuters).

« C’est moi ou le chaos ». Voilà comment Recep Tayyip Erdoğan résumait le référendum qui a eu lieu ce dimanche 16 avril dans son pays. Les Turcs étaient invités à voter pour une révision constitutionnelle prévoyant notamment d’octroyer les pleins pouvoirs au président de la République. Ce référendum est venu valider le vote du parlement turc du 21 janvier dernier en faveur de ladite réforme (à 339 voix contre 142).

C’est le « oui » qui l’a finalement emporté avec 51,3 % des suffrages et ce malgré une forte contestation des résultats par l’opposition. Les textes adoptés accorderont à Erdoğan le contrôle total de l’exécutif mais aussi d’une bonne partie du législatif et du judiciaire. Aussi, on note la suppression du poste de Premier ministre, le président nommera désormais lui-même le gouvernement. Il désignera aussi 6 sur 13 membres du Haut conseil des juges et des procureurs, dont la mission est de nommer et de destituer le personnel judiciaire. Avec cette nouvelle réforme, Erdoğan pourra potentiellement et en toute  légalité se maintenir au pouvoir jusqu’en 2029 en cas de réélection en 2019 et 2024.

Néanmoins, malgré cette victoire officielle, l’universitaire et journaliste Ahmet Insel affirme qu’Erdoğan a perdu politiquement eu égard à l’étroitesse du résultat. Son nouveau statut est plus que contesté, notamment par le Parti républicain du peuple (CHP, laïc) qui évoque des irrégularités dans le scrutin. Cette plainte fait suite à la décision du Haut Conseil électoral, décrétant que tout bulletin sans tampon serait considéré comme valide contrairement à ce qui était de rigueur jusqu’alors. Toujours selon le CHP, plus d’1,5 millions de votes validés seraient douteux.

Les détracteurs du chef de l’AKP craignent que, sous prétexte de doter la Turquie d’un exécutif fort et stable au moment où cette dernière fait face à de grands défis sécuritaires, Erdoğan n’entraine  le pays dans une dérive autoritaire. D’aucuns appréhendent pour leur part que l’appétit pour le pouvoir du président islamo-conservateur n’enterre la république parlementaire laïque fondée par Mustafa Kemal au début du 20e siècle sur les vestiges de l’Empire ottoman. Mais pour nombre d’observateurs, un avant-goût de dictature s’était d’ores et déjà fait ressentir au lendemain du coup d’Etat avorté de juillet 2016, Erdoğan ayant procédé à une purge sans précédent dans l’administration, la justice, l’armée, les universités et les médias avec pas moins de 50 000 arrestations et 110 000 renvois ou suspensions.

T.S.