Près de 50 ans après les Civil Rights Act, lois criminalisant la ségrégation raciale aux États-Unis, les discriminations envers les Noirs semblent toujours présentes. Une réalité chiffrée.

PicMonkey Collage noir blanc

Pris à près de 50 ans d’intervalle, ces deux clichés illustrent une situation qui perdure aux États-Unis, à savoir le racisme envers la communauté afro-américaine. Sur la photo de gauche, datant de 1964, James Brock, directeur de l’hôtel Monson Motor Lodge, asperge sa piscine d’acide chlorhydrique pour chasser des militants des droits civiques, aussi bien noirs que blancs. La photo de droite, prise en juin 2015, est une capture d’écran d’une vidéo filmant l’interpellation musclée d’une adolescente de 14 ans lors d’une piscine party à Craig Ranch, dans la ville de McKinney au Texas. L’affaire avait fait scandale à l’époque car le voisinage se plaignait du nombre de participants à cette fête organisée par une habitante noire dans la piscine privée de la résidence pour célébrer la fin de l’année scolaire. Les jeunes invités, noirs pour la plupart, ont été exhortés à « retourner dans leur HLM » par des membres du voisinage.

La mixité semble donc toujours poser problème au pays de l’Oncle Sam. Même si la séparation ethnique n’est plus légitime d’un point de vue juridique, le clivage est toujours effectif sur le plan socio-économique. Ainsi, de nombreux Afro-Américains aisés préfèrent résider dans des quartiers pauvres majoritairement habités par des Noirs, plutôt que de vivre dans les quartiers riches essentiellement occupés par des Blancs, où ils rapportent être constamment ramenés à leur couleur de peau.

On note aussi un écart entre les Noirs et les Blancs américains au niveau de l’espérance de vie, comme le signale un rapport des autorités sanitaires fédérales publié le mardi 2 mai 2017. Les Blancs vivent en moyenne 79 ans contre 75,6 ans pour les Noirs. Par ailleurs, environ 30% des Afro-Américains vivent sous le seuil de pauvreté, contre 10% pour les Blancs. Les Noirs sont également touchés deux fois plus par le chômage et ont 6 fois plus de probabilité d’aller en prison. En outre, à l’université, les Américains blancs sont 40% à obtenir un niveau licence ou plus, contre seulement 20% pour les Noirs. Enfin, les jeunes de la communauté noire ont beaucoup plus de risque d’être abattus lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre que les jeunes hommes blancs.

De janvier à septembre 2016, sur les 700 personnes tuées par la police, 173 étaient des afro-américains (soit 27%), alors que ces derniers ne représentent que 13% environ des 321 millions d’Américains. La recrudescence des violences policières à l’encontre des Noirs aux États-Unis avait d’ailleurs enclenché un vaste mouvement de protestation sous le slogan « Black lives matter ».

Militante restant stoïque devant la police lors d'une protestation contre la mort d'un noir américain abattu par la police en juillet 2016 à Bâton-Rouge, Louisiane (Jonathan Bachman/ Reuters)

Militante restant stoïque devant la police lors d’une protestation contre la mort d’un noir américain abattu par la police en juillet 2016 à Bâton-Rouge, Louisiane (Jonathan Bachman/ Reuters)

Après l’élection de Barack Obama en 2008, beaucoup espéraient que le premier président noir des États-Unis gommerait les inégalités raciales. Son bilan en la matière s’est avéré mitigé, on l’accuse de ne pas avoir fait évoluer la situation, certains allant jusqu’à dire qu’elle a même empiré : « la situation des Noirs américains s’est dégradée sous Obama, à tel point qu’aujourd’hui la fracture culturelle aux États-Unis est revenue près de son niveau des années 1960. », affirme l’historien Thomas Snegaroff. Ses défenseurs, pour leur part, mettent en avant l’Obamacare comme une réforme venant en aide principalement aux minorités, dont les Afro-Américains. L’historien François Durpaire résume la situation du 44ème président américain : « La difficulté de la tâche d’Obama, c’est que s’il était trop favorable aux Noirs, on l’aurait accusé de faire du favoritisme, tandis que s’il ne faisait rien, les minorités l’auraient accusé de renier ses origines ».

Son successeur Donald Trump a quant à lui affirmé : « À partir d’aujourd’hui, et durant tous les jours de ma présidence, je m’engage à faire tout ce qui est possible pour poursuivre la promesse de liberté pour les Afro-Américains et pour tous les Américains ». Néanmoins, les faits ne vont pas du côté de ses déclarations. Son gouvernement vient ainsi d’ordonner un non-lieu dans l’enquête fédérale sur l’homicide en juillet 2016 d’Alton Sterling, vendeur ambulant de 37 ans, abattu sur un parking de Bâton-Rouge en Louisiane par la police. Cette affaire avait à l’époque provoqué une vague d’indignation.

T.S.