Les amazighs du Maroc fêtent Yennayer entre le 11 et le 13 janvier de chaque année. Retour sur une tradition autochtone millénaire célébrant la terre, qui marque aussi une journée de revendication culturelle.

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Son jour de commémoration diffère selon les régions d’Afrique du Nord, mais il se situe en tout cas entre le 11 et le 13 janvier de chaque année. Yennayer marque le début du calendrier agricole, mais pour beaucoup, c’est avant tout une journée festive célébrant l’entrée de la nouvelle année amazighe. Ce rite marquant la fin du cycle agricole remonterait à l’époque rupestre, même si l’instauration du calendrier amazigh communément admise aujourd’hui est bien plus récente. Le quotidien algérien Le Matin affirme ainsi que sa conception revient au militant kabyle Ammar Negadi en 1980. « A l’image de l’ère chrétienne qui commence à partir de la naissance du Christ et du calendrier musulman qui a pour point de départ l’exil du prophète de la Mecque vers l’oasis de Médine, il fallait au concepteur du calendrier amazigh trouver un événement marquant dans l’histoire du peuple amazigh, un fait historique incontestable pour en faire le point zéro du calendrier, lit-on dans le journal. Son choix s’est porté tout naturellement sur l’an 950 avant Jésus-Christ, qui correspond à la date où le roi berbère Sheshonq 1er fût intronisé pharaon d’Egypte et fonda la 23e dynastie qui régna sur l’Egypte jusqu’à l’an 715 av. J-C ».

Plus globalement, la majorité des fêtes amazighes restent liées à l’agriculture. Yennayer célèbre ainsi les fruits de la terre. Dans la région de Souss, la tradition veut que cette journée soit celle du partage et des mets savoureux, dont la tagoulla, une préparation d’orge et de maïs mélangée au miel et à l’huile d’argan. Un couscous est spécialement préparé pour l’occasion, à base de semoule de maïs cuite sur une vapeur de bouillon de légumes de saison (oignons, carottes, navets et potiron).

Des revendications à caractère politique et culturel

Parallèlement à son côté festif, Yennayer constitue aujourd’hui l’occasion pour les acteurs de la société civile de réitérer la nécessité de mettre en avant l’identité amazighe du Maroc et de l’Afrique du Nord. Le chercheur Ahmed Assid affirme dans ce sens que « la dimension anthropologique et historique du Nouvel an amazigh a évolué vers la revendication politique », soutenant l’importance d’en faire « une fête nationale ». En effet, l’Observatoire amazigh pour les droits et les libertés (OADL), revendiquait en 2014 l’importance de rendre férié ce jour du calendrier amazigh. Un débat similaire anime par ailleurs la société algérienne, où le gouvernement est critiqué pour ses « mesurettes » dans la promotion de la culture amazighe, comme l’introduction d’un cours sur Yennayer dans les 28 000 écoles du pays.

Yennayer est également célébré par la communauté amazighe établie à l’étranger, en Europe et en Amérique du Nord. C’est pour toutes ces raisons que l’idée de rendre chômé le Nouvel an amazigh a fait son chemin, telle une reconnaissance officielle de cette composante majeure des cultures nord-africaines.