Faire de l’espace public une arène de dramaturgie, c’est l’objectif du Festival international du théâtre de rue Zank’art, tenu à Casablanca du 23 au 25 mars dernier. Carrefour artistique accessible à tous, sa pérennité n’en est pas pour autant assurée.

Affiche de "John Lennon n'est pas mort !", mise en scène par Imad Fijjaj.

Affiche de « John Lennon n’est pas mort ! », mise en scène par Imad Fijjaj.

Pour sa quatrième édition, le festival Zank’art a fait des rues casablancaises une scène de théâtre à ciel ouvert. Sur trois jours, la compagnie marocaine homonyme, le comédien et metteur en scène Rachid Eladouani, ainsi que les troupes françaises Les décatalogués, Surprises, et Les Têtes de Vainqueurs ont occupé la Place des Nations unies et l’Institut français, faisant de ces derniers des lieux de rencontres autour du théâtre.

Une programmation variée

 « Dans cette édition, nous avons donné la priorité aux spectacles qui mettent en avant le jeu théâtral, nous explique Imad Fijjaj, directeur artistique du festival. Avec ma compagnie, Zank’art, nous avons joué le spectacle Jayha (la faillite), que j’ai conçu comme une critique à la culture consumériste. Nous avons également joué John Lennon n’est pas mort, une pièce qui nous a été inspirée par « Nakcha » de Tayeb Saddiki, adaptée du Journal d’un fou, nouvelle de l’écrivain russe Nicolas Gogol sortie en 1834 ».

Entre les pièces mettant en exergue des situations de folie et les spectacles burlesques des compagnies françaises invitées, Rachid Eladouani a lui choisi de Remplir le vide avec de la poésie. Cette performance artistique s’est jouée le 24 mars, avec l’ambition du metteur en scène de « nourrir l’âme du public par un mélange de théâtre et de poésie, afin de meubler le vide de l’attente et de l’ennui », communs aux grandes places urbaines.

Un avenir incertain

Cette édition de Zank’art a néanmoins vu le jour « avec beaucoup d’imprévus », comme nous le rappelle son directeur artistique. Ce dernier ne cache pas sa déception d’une gestion locale hasardeuse, mettant à mal les prochains rendez-vous du festival. « Si nous ne trouvons pas un terrain d’entente avec le Conseil de la ville de Casablanca sur l’organisation de Zank’art, nous serons contraints de le retirer et il sera transféré ailleurs, où nous pourrons avoir au moins un répondant au niveau local ».

En effet, Imad Fijjaj, également metteur en scène, nous assure que l’organisation de cette édition a été ardue. « Nous étions à deux doigts d’annuler le Zank’art de cette année, beaucoup d’acteurs culturels nationaux qui s’y étaient engagés avaient fini par se retirer, déplore l’artiste. Nous avons persévéré parce que nous avions tout préparé pour accueillir les compagnies partenaires étrangères ».

Pour le directeur artistique, « le Conseil de la ville a changé après les dernières élections du 7 octobre 2016 et cela change tout pour les acteurs culturels casablancais. Le PJD a maintenant son mot à dire au niveau local, mais beaucoup de ses élus ont un esprit conservateur et crispé. Aujourd’hui, on donne la priorité à des évènements à gros budget, sans laisser de place aux autres acteurs culturels affirmés mais moins influents, désireux eux aussi d’investir l’espace urbain ». Une lueur d’espoir ? Imad Fijjaj se projette déjà ailleurs, mais ses partenaires institutionnels bataillent toujours en espérant garder Zank’art à Casablanca. Pour le moment, le combat est loin d’être gagné.